AS·Autour de la naissance

Ce qu’on ne dit pas aux nullis

Je me réveille… Je mets quelques seconde pour me rendre compte que je ne suis pas chez moi, il n’y a presque pas de bruit à part celui du néon qui bourdonne faiblement. J’ai envie d’aller aux toilettes, mais j’ai peur. Je n’ose pas… Dans la chambre il y a plusieurs odeurs mélangés qui tour à tour te font sourire et te rassure, puis celles qui font que ton cœur s’accélère. Je regarde l’heure, il est 2h45, je ferme les yeux, je me retiens et je me rendors…

Je me réveille à nouveau en sursaut, il faut vraiment que j’aille aux toilettes cette fois, le néon bourdonne toujours, je ne me tourne pas de l’autre côté pour regarder, je regarde la fenêtre ou je ne vois que les réverbères dehors… Et les rares voitures qui passent… il est 3h10. Je n’aime pas la nuit ici, le silence inquiétant, cette chaleur étouffante pourtant si froide…

Je me remplis de courage, et je tente de me lever, en prenant appui sur mes bras, je me lève doucement sur le côté, je fais attention à ne pas m’assoir, enfin à prendre appuie sur la fesse droite. Je descends lentement, je vérifie que je ne perds pas trop de sang, je marche lentement et tanguant un peu jusqu’au toilettes. J’espère que je ne mettais pas trop de sang sur la cuvette, mais j’ai peur de m’assoir. Je vais avoir mal je le sais, ça ne durera que quelques secondes d’accord, mais en plus d’avoir mal il y aura cette sensation de descente dans mon corps. Je m’assoie lentement, je prends des appuis, et fatalement je pleure…

La position me fait mal, me sentir si faible, et cette angoisse de ne pas réussir a faire de devoir demander de l’aide. Je dois maintenant me relever m’essuyer et me laver… Puis nettoyer les gouttes de sang, mes mouvements sont lents, je tremble légèrement, mes jambes aussi… Je n’entends aucun bruits et je suis soulagée de na pas avoir à me dépêcher, d’ailleurs pourquoi je n’en entends aucun, est-ce si normal que ça? Pourquoi je ne l’ai pas regardé, pourquoi je n’ai pas vérifié si tout allait bien? Pourquoi? Et s’il ne respire plus? Une boule se forme lentement et sûrement dans mon estomac… Je me sens égoïste.

J’ouvre la porte et penche ma tête pour voir… Il respire bien, je le vois au mouvement de la couverture, je n’ai plus mal nulle part, j’ai tout oublié, pendant quelques secondes.

Je me remets à marcher, péniblement je retourne dans mon lit, je remets une alèse propre.

Cette fois-ci je suis tournée vers lui… je regarde son nez, le contour et ses narines, je regarde sa bouche, surtout sa lèvre supérieur si parfaite. Il n’est pas comme moi, donc tout va bien.

Il dort paisiblement, je le regarde intensément. Puis une sensation, étouffante, je sens comme des bras qui m’entourent et me serrent fort, de plus en plus fort, je respire mal, je ne vais pas supporter longtemps, je ne comprends pas ce qui se passe, la boule dans le ventre et revenue aussi mais elle s’alterne avec des papillons… Je me souviens d’avoir ressentie ça déjà il y a quelques années. Ah oui, je sais! D’un coup tout se relâche, et je me souviens… Cette sensation d’un amour si fort, d’un amour si nouveau que l’on ne le reconnait pas de suite, j’ai découvert ça avec le bel époux… Je ressens aussi un énorme poids, et beaucoup de questions passent déjà par ma tête. Je me rends compte que je viens de mettre au monde un être humain, un individu qui ne m’appartient pas, que je vais accompagner.

Une douleur semblable aux contractions me fait sortir de mes pensées, je ne comprends pas trop sur le coup… Mes seins se gonflent un peu aussi, et puis il se met à bouger un peu, et gémir. Je le prends vite dans mes bras, je crois que je n’attendais que ça! C’est un peu difficile, je rapproche le berceau contre mon lit, et je prends le coussin d’allaitement pour m’installer, je réussis ensuite à prendre ce petit être pour le mettre au sein, une autre douleur de contraction me saisit, elle est beaucoup plus longue, je ne comprends vraiment pas. La suivante me saisit si fort que je pleure instantanément… Je regarde partout autour de moi comme pour trouver une solution et je vois les cachets laissé par une infirmière, elle  m’avait dit  » je vous laisse ça, au cas où, n’hésitez surtout pas, et si vous avez un problème vous m’appelez »  Je me dis que je vais prendre ça après, mais une autre revient me relancer, plus il tête plus j’ai mal… Alors je les prends de suite, mais la douleur ne s’apaisera que longtemps, trop longtemps après… Je suis inquiète par ces violentes contractions. Pourtant j’attendrais sagement, jusqu’à que l’on vienne me voir. Et  là on m’explique que c’est normal… Qu’il faut bien que ça se remette en place! L’utérus se contracte pour se remettre en place et ça durera quelques jours, si j’avais su avant j’aurais pris les cachets plus tôt, si j’avais su avant, j’aurais rappelé une sage-femme pour lui demander des conseils, pour me rassurer sur la prises de ces cachets en rapport avec l’allaitement.

J’ai mon bébé dans mes bras, ce n’est pas mon premier pourtant l’intensité de l’amour est toujours aussi forte, peut-être plus. Le bonheur de créer une famille, une fratrie, un clan! J’ai envie de profiter de ce si petit être, d’être seule avec lui, mais mes enfants me manquent tant et je ne supporte pas de ne pas avoir l’époux auprès de moi. Les larmes coulent je me sens vide, car je le suis. C’est fini plus de vie en moi qui grandit.

Je me sens déchirer de l’intérieur, le sang coule toujours… J’ai encore mal, mais quand est-ce que ça va passer? Et ces femmes qui accouchent et perdent leurs bébés? Comment supporter la douleur, comment tenir le coup.

Il ne reste  plus beaucoup de temps pour me reprendre, car quand il toquera à la porte et que mon cœur s’emballera comme depuis des années dès que je le sens arrivé. Je tâcherais d’avoir mon plus beau sourire. Car lui aura le sien affiché sur son visage, avec les étoiles dans les yeux. Il s’approchera du berceau, puis de moi et m’embrassera. Il me demandera si j’ai pu me reposer, avec cette émotion dû au bonheur de voir la famille s’agrandir, avec l’émotion d’avoir dû attendre des heures avant de pouvoir venir nous revoir. Je lui dirais que oui un peu. Parce que j’aurais envie qu’on partage ce bonheur, parce que je n’ai pas envie d’expliquer mes douleurs et de tout gâcher. Il me donnera des nouvelles des enfants, me racontera les anecdotes que j’aime tant. On parlera du fait, que lorsqu’un petit nouveau arrive, les autres grandissent tellement d’un coup.

Je finirais par me plaindre un peu, je finirais par lui dire, mais en me reprenant au plus vite. Car j’ai toujours cette maudite phrase en tête… Tu l’as voulu, tu l’as, tu assumes. Comme si on ne pouvait se plaindre que lorsque les choses nous tombent dessus sans décision personnel. Parce que j’ai la chance d’être en couple et d’avoir quelqu’un qui m’aime, parce que j’ai la chance de pouvoir donner la vie, on a la chance de pouvoir avoir des enfants, parce que j’ai la chance d’avoir mon bébé et vie et que je le suis aussi. Parce qu’il y a pire, je dois me taire.

Pourquoi une souffrance si grande pour un bonheur aussi immense?

Pourtant je recommencerais sans hésiter, je sais que je vais oublier… J’ai juste besoin d’écoute, de soutien et de ne pas me sentir jugée, pas de phrase dure… Pas de questions sur le choix d’avoir une grande famille. Pas maintenant…

Si je m’en souviens maintenant, c’est parce que j’arrive à mon terme, et que tout revient, même la sensation dans les veines, ce liquide froid qui vous parcours… Cette perfusion qu’on vous pose, la fois où ils l’ont raté deux fois en touchant un nerf qui me provoqua une décharge électrique très douloureuse et ça à durer des mois… Alors, je me réveille la nuit, j’y repense malgré moi,  mais je me prépare au moins. Je vais souffrir ne me dites pas l’inverse ça serait me mentir. Il faut que je me prépare à revivre encore une fois tout ça. Enfin dans le meilleur des cas.

 

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4 réflexions au sujet de « Ce qu’on ne dit pas aux nullis »

  1. De puis le temps que je veux venir commenter ton article…
    Tu m’as remémoré bien des choses… C’est tellement vrai, la douleur des tranchées, qui augmente à chaque naissance semble-t-il. Je me souviens, pour ma 2e, avoir pensé : « mais stop, quand est-ce que ça s’arrête les contractions ?! » Moi aussi j’essaierai d’y penser et de prendre les antalgiques en prévention la prochaine fois !
    La rencontre a peut-être eu lieu. Je te la souhaite très belle en tous cas. A bientôt 🙂

    1. Coucou! Retard de fou… La rencontre à donc eu lieu, et les douleurs ont été présentes, les tranchées sont effectivement bien plus fortes! Mais dans un lieu, où la douleur est prise en compte, que l’on te comprends et surtout que l’on te donne ce qu’il faut et bien ça change tout! Comme quoi, le soutient morale ça aide beaucoup…

      1. J’en suis certaine oui. Se sentir entendue, c’est au moins la moitié du chemin pour aller mieux ou supporter des choses difficiles.
        Heureuse que tu sois bien tombée.
        Belle continuation à vous 🙂

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